Nos activités > Articles > Lettre aux amis de Saint François N° 7
Lettre aux amis de Saint François N° 7
Publié le 09/07/2026

Lettre aux amis de Saint François N°7 - St Bonaventure - Docteur Séraphique 14 Juillet 1990
Chers Amis de Saint-François,
"Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre soeur la Mort corporelle,
à qui nul homme vivant ne peut échapper".
St François
(Cantique des Créatures)
Oui, "notre Soeur la Mort corporelle" nous a visités, ou plus précisément, elle a visité l'un d'entre nous, et cela nommément en la personne de celui auquel nos cœurs avaient tous les droits d'être attachés, le cher Père Eugène.
Notre Père Eugène : celui qui nous a engendrés, dans la peine et dans la souffrance, à la vie religieuse authentique, au merveilleux idéal de St François. Qui pourra dire la somme de travaux et de soucis, mais également de mérites que lui a valus cette fondation ?
Son visage de défunt était calme et reposé ; celui qui n'hésitait pas à dire à ceux qu'il rencontrait troublés et angoissés : "imposez-vous la paix, n'attendez pas qu'elle vienne toute seule ; il faut vous l'imposer à vous-même" ; et lui-même sur son lit de mort devient pour nous un modèle authentique de sérénité paisible. Il confirme par son exemple ce qu'il nous avait appris. Cela nous rappelle aussi les paroles du Divin Maître à ses disciples quelques temps avant son départ définitif : "Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne..." (Jn XIV-27).
Ce qui caractérise les dernières années de sa vie c'est en tout premier lieu sa foi, principe intangible de tout véritable attachement à Dieu, à Notre Seigneur Jésus-Christ ; ce qui les caractérise aussi, c'est la fidélité, la ténacité même, qu'il a mise à demeurer un authentique religieux capucin.
Mais, ce qui ressort peut-être mieux encore, c'est l'espérance persévérante de ces années où nous l'avons mieux connu.
"In spe contra spem", espérant contre toute espérance : alors que dans son ordre les ruines s'amoncelaient, ainsi qu'un peu partout dans l'église, il tint bon. A ceux qui s'inquiétaient de son avenir à Verjon (Ain) en compagnie du Père Elzéar il répondait avec un brin de malice : "Si SAMSON a tué dix mille Philistins avec une seule mâchoire d'âne, que ne fera pas le Bon Dieu avec "deux ânes" tout entier..." (nous laissant à deviner qui étaient les deux ânes en question...).

Il espéra toujours la réalisation de ce qui était assurément agréable au Bon Dieu : la continuation de la vie capucine (longtemps vécue et tellement aimée) à travers de jeunes vocations religieuses.
Père Eugène avait-il ses limites ? Qui n'en a pas ? Seulement elles furent pour lui un motif supplémentaire d'espérer qu'à travers elles l'œuvre de Dieu s'accomplirait quand même, et loin de le jeter dans le découragement, elles l'obligeaient à se plonger dans la miséricorde et la bonté du Seigneur.
Sa persévérance : elle ne fut pas moins louable, il fallut une bonne dizaine d'années de pénible labeur et de patiente attente avant que ses espoirs n'aient une réalisation concrète ; durant cette période, des jeunes passaient auprès de lui mais aucun ne restait, parfois en racontant tout cela, les larmes lui montaient aux yeux ; mais il pria surtout et demeura fidèle à suivre l'idéal de vie promis.
Avant cette époque, il fut d'abord et avant tout un vrai prédicateur capucin, c'était là peut-être son "charisme" particulier ; prédicateur et homme de doctrine : on ne peut en effet enseigner ce dont on n'a pas une connaissance approfondie. Notre Père Eugène connaissait bien les vérités de la doctrine chrétienne et savait les communiquer avec conviction. Les témoignages sont là :
A Verjon, il prêcha 165 sermons (de 20 minutes à 1/2 heure chacun) sur le CREDO.
Les prédications de nombreuses retraites n'eurent pas moins de succès. A l'occasion de l'une d'entre elles, adressée à ses confrères, le Père Général de l'Ordre, l'ayant entendu lui demanda "ou il trouvait sa belle doctrine".
A l'issue d'une retraite d'ordination, un futur prêtre lui dit : "Par nos études nous avons appris la doctrine, mais vous l'avez expérimentée et assimilée profondément et c'est cela que vous nous avez fait goûter durant ces quelques jours".
Sa connaissance solide du latin et du grec lui permit d'aller puiser aux sources. Moi-même, je me souviens durant le noviciat, des "loisirs" de son dimanche après-midi passé tout entier dans la lecture du texte grec de St Jean Chrysostome.
C'est au cours des cinq ans de son activité missionnaire en Centre-Afrique qu'il fut occasionnellement le traducteur de Monseigneur Lefebvre (alors Nonce Apostolique) et ainsi prit naissance une vénérable et durable amitié ; il le rejoindra plus tard dans le bon combat contre l'avilissement de l'Église et de la Vie Religieuse.
C'est dans une prière intense qu'il alla puiser cette charité profonde qu'il manifestait à travers sa joyeuse bonhommie et son pétillant regard.
Que n'aurait-il pas fait pour accueillir convenablement, dans la simplicité certes, ceux qui frappaient à sa porte. Son parler était toujours marqué de quelques pointes d'humour (un Saint triste n'est-il pas un triste Saint ?). Combien nous étions heureux d'apprendre de la bouche de cet homme austère et pénitent que la "taquinerie est la méchanceté des bons" ; n'est-ce pas la manière franciscaine de suivre les conseils du Seigneur ?
"Pour toi quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra, (Math. VI 16-18).
Nous espérons fermement, et c'est encore l'objet de notre prière que le cher Père Eugène goûte dès maintenant cette récompense rendue par Notre Père Céleste.
fr. Antoine
QUELQUES LIGNES DU PERE EUGENE...
Si l'exempte d'une vie est suffisamment éloquent il est bon cependant de relire les écrits qui nourrissent notre méditation.
Voici un court extrait d'une lettre adressée aux tertiaires Franciscains en 1981 pour le 7e centenaire de la naissance de St~ François.
Depuis sa fondation, l'Église de Jésus Christ vogue dans la tempête. Quand elle ne subît pas la persécution par ses ennemis extérieurs elle fut maintes fois déchirée par ses propres enfants. Nous sommes témoins de pareilles épreuves, il est souhaitable que nous n'en soyons pas les auteurs.
Le danger est très grand de se confiner dans un traditionalisme de combat, de concevoir les vérités de la foi comme une occasion de lutte, de coups et de victoire, de considérer la théologie dogmatique comme un arsenal de guerre ou même trop exclusivement comme le moyen de l'illumination de l'intelligence dans l'oubli des yeux du cœur assoiffé d'espérance, avide de goûter les trésors de gloire que renferme l'héritage de Jésus-Christ. Grand est le risque d'accommoder les vérités de Jésus-Christ et les membres de Jésus-Christ à ses propres goûts : St-Paul nous a appris où cela pouvait conduire.
La présence des fidèles à notre messe traditionnelle n'est pas une finalité, la foi aux vérités dogmatiques ne l'est pas non plus ; ce qui compte c'est la foi qui opère par la charité et conduit à la charité pour Dieu et à la charité fraternelle.

Les institutions chrétiennes, la catéchèse, la théologie ne doivent pas seulement conduire les âmes aux portes d'entrée de l'amour surnaturel ; elles doivent faire progresser dans le domaine illimité des ascensions dans les profondeurs et les altitudes de l'amour de Dieu, dans la "dulcor charitatis". Nul ne saurait s'y enfoncer s'il est en désaccord avec ses frères. "Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit ne saurait aimer Dieu qu'il ne voit pas". Entendons St-Paul nous dire "Du moment qu'il y a parmi vous jalousie et discorde, n'êtes-vous pas charnels et votre conduite n'est-elle pas tout humaine". Un "traditionalisme" qui a perdu la charité est-il encore traditionnel ?
Bien chers tertiaires franciscains, enfants du grand pacificateur d'Assise, notre mission dans le monde actuel et surtout dans l'Église est toute tracée. Nous devons être des âmes pacifiques, vivre en paix avec nous-mêmes et les autres, étrangers à des discussions dont ne jaillit pas un seul acte d'amour de Dieu, pas un "Pater" pour ceux qu'on incrimine, des discussions qui ne convertissent personne et en perdent irrémédiablement plusieurs. Favorisons la paix en la gardant avec tout le monde. Attachons-nous fermement aux principes élémentaires de l'action pacificatrice :
Reconnaissons le droit d'autrui en toute circonstance ; Ne jalousons pas notre prochain, n'entravons pas son influence ; Ne soyons pas envieux de ses succès ; Éteignons en nous l'orgueil ; Ne nous laissons pas entraîner dans des partis ; Ne nous attribuons aucun monopole comme si nous avions reçu, seuls, du ciel la charge et l'assurance de vaincre l'erreur, de sanctifier seuls et sauver seuls l'Église ; Aidons les membres du Christ Jésus à ne faire qu'un dans le Christ ; Prions pour ceux qui ne nous semblent pas dans la vérité et plus encore pour nous-mêmes si nous ne sommes pas dans la charité.
Frère Eugène de Villeurbanne
REMERCIEMENTS
Cette lettre, consacrée à notre Père Fondateur, sera pour tous les frères du Couvent St-François, le moyen de vivement remercier tous ceux qui nous ont assurés de leur prière, nous ont écrit, nous ont manifesté leur sympathie à l'occasion du décès du Père Eugène ; certains témoignages sont vraiment touchants et marqués d'un profond esprit surnaturel.
Nous voudrions remercier aussi toutes les personnes qui se sont dévouées pour nous aider à l'occasion de ces funérailles ainsi que tous les prêtres et toutes les communautés amies qui n'ont pas hésité à se déplacer pour accompagner le Père Eugène en sa dernière demeure et s'unir à notre supplication pour lui.
COUVENT SAINT-FRANCOIS MORGON - 69910 VILLIÊ MORGON
Autres articles

Être ou ne pas être schismatique
Critique de la déclaration de Mgr Fernandez, du 13 mai 2026
Publié le 22/06/2026

Saint François et la non-violence
N°10 - Juin 2026
Publié le 18/06/2026

Saint François, Initiateur du dialogue interreligieux ?
N°9 - Mars 2026
Publié le 18/06/2026

L’économie de François (2)
N°7 Février 2025
Publié le 19/05/2026

Un précédent aux sacres dans la Fraternité Saint-Pie X
Les sacres du 2 avril 1977 par le Cardinal Slipyj
Publié le 16/05/2026